Cet après-midi, j'ai retrouvé une lettre que je m'étais écrite. Oui, vous avez bien compris : une lettre en provenance de moi et à destination de moi. Étrange n'est-ce pas ? Et bien peut-être, en effet, mais certainement pas inutile ! En réalité, cette lettre m'a vraiment faite réfléchir. Vous voulez savoir le pourquoi du comment et le comment du pourquoi ? Alors en voiture ! (Enfin, en lecture plutôt.)
Tout d'abord, l'idée m'est venue d'un film, celui sorti l'année dernière, avec Sophie Marceau qui reçoit une lettre écrite de sa main quand elle avait sept ans, et qui se met à chambouler sa vie à cause – ou grâce – à cette lettre. Je ne l'ai absolument pas vu, mais je me souviens d'une phrase du réalisateur : « A dix-sept ans, je pensais que j'aurais adoré pouvoir lire une lettre de moi-même à sept ans. Et à quarante ans, j'ai pensé que j'aurais adoré pouvoir lire une lettre de moi-même à dix-sept ans. » Bref, j'ai trouvé l'idée intéressante, et je me suis mise travailler un peu dessus. M'écrire une lettre. C'était, en somme, une sorte de communication vers le futur. Plutôt excitant, comme projet ! Cette fameuse lettre, je l'ai écrite il y a à peine plus d'un an, et pourtant, je l'ai déjà lue deux fois ; et à chaque fois, c'est un émerveillement total et complètement inédit. Aujourd'hui, ça m'a tellement plu que je me suis dit : hey, et si je dépoussiérais mon vieux (enfin presque) blog pour proposer à n'importe qui de faire ça ? Donc voilà, on en est là. Alors...
C'est parti pour s'auto-écrire une lettre ! Premièrement, réfléchissez bien. Choisissez le bon moment pour y penser, ça risquerait de vous prendre du temps et de l'énergie. Mais ne soyez pas trop sérieux non plus ! Votre vie ne dépend pas de cette lettre, hein. Donc allez-y relax, détendez vous, et réfléchissez sereinement à ce que vous voulez écrire. En premier paragraphe, je vous aide : il faudra expliquer votre démarche. Le but est de communiquer avec un futur qui ne se rappelle plus de vous – s'il s'en rappelle il n'aura pas besoin de lire ! (Oui, je sais, on entre dans la partie un peu biscornue du sujet. Accrochez-vous.) Alors là, vous pouvez demander : oui mais cette démarche, au juste, quelle est-elle ? Ce à quoi je réponds : la démarche est donc, on l'aura compris, d'écrire une lettre à un soi futur. Pour s'assurer que le soi en question soit bel et bien futur, qu'il ait changé entre le moment de l'écriture et celui de la lecture, il faut que le soi ait oublié l'existence de la lettre. Pas forcément totalement oublié, juste assez pour avoir la curiosité de faire « tiens mais j'avais écrit quoi déjà ? ». Ainsi, votre vous futur qui va lire ce que vous écrivez maintenant est censé ne plus se rappeler de cette initiative, c'est pourquoi vous devez d'abord l'expliquer. Soyez le plus clair possible, même si l'idée en elle-même est alambiquée.
Une fois que vous aurez écrit le comment, pensez à écrire le pourquoi. Parce que oui, il faut que vous sachiez pourquoi vous avez eu envie de vous écrire une lettre. Et donc, ce que vous aviez de si important à vous dire. Parmi ces raisons, qui vous seront évidemment propres, je peux tout de même vous citer quelques exemples qui s'appliquent à peu près à tout le monde : se rappeler, bien sûr, de qui on a été au moment où l'on a écrit ça ; se rappeler des buts que l'on avait alors ; de nos idées ; de nos espoirs pour cet avenir... Ah d'ailleurs, à propos des espoirs : quand dans la lettre vous entrerez dans le vif du sujet, que vous direz ce que vous voulez vous dire, faites le avec plein d'espoir. Il faut que vous y croyiez pour que la magie opère. Donnez-vous des conseils, écrivez exactement comme vous écririez à un ami – en fait, comme vous écrivez à vous-même, vous écrivez au meilleur ami qui soit ! – et n'hésitez pas à faire de l'humour. Quand vous aurez oublié cette lettre et que vous la relirez, vous verrez, l'humour et l'espoir qu'elle distillera vous seront vraiment, sincèrement bénéfiques.
Quand enfin vous aurez fini d'écrire cette lettre... La procédure devient un petit peu plus facile à expliquer et à appliquer puisqu'on peut faire peu ou prou la même pour tout le monde. Pliez votre feuille en quatre (au fait, j'allai oublier : il vaut mieux écrire au stylo bille, l'encre effaçable vieillit très très très mal), écrit vers l'intérieur (d'où l'intérêt de choisir une copie double) OU ALORS glissez la lettre dans une enveloppe – ça c'est pour ceux qui se sont écrit des romans ; ne vous cachez pas je vous vois ! Sur la face extérieure de votre lettre, ou bien sur l'avant de l'enveloppe, vous écrirez, en gros et en couleur, votre prénom suivi d'une virgule. Et en dessous, en sous-titre et au stylo, ajoutez une phrase équivalente à celle-ci : « as-tu oublié cette lettre ? Si oui, lis-la ! ». Ensuite, vous n'avez plus qu'à la cacher quelque part où vous êtes certain de pouvoir la trouver lors d'un déménagement ou d'un ménage de printemps, mais certain aussi de ne pas pouvoir la trouver juste en faisant votre lit ou en vous servant de la pelle à tarte (par exemple). En définitive il faut que la lettre soit bien cachée, mais pas trop non plus. Et quand ça y est, vous avez terminé le processus entier, vous n'avez plus qu'à chassé cette idée de votre tête et vous relancer dans les mille autres choses que vous avez incontournablement à faire.
Et un jour, inévitablement, vous retomberez là-dessus. Ce sera par hasard – si jamais vous avez envie, juste comme ça, de relire la lettre, ne le faites surtout pas ! cela risquerait d'ôter un peu de magie au sortilège... Alors, si après cette fortuite redécouverte vous en ressentez le besoin, vous la lirez... Et je peux vous assurer que ce sera franchement chouette ! Aussi, quand vous aurez senti, au détour d'une lecture, que vous avez vraiment changé depuis, n'hésitez pas à écrire une nouvelle lettre, plus actuelle, plus percutante, un peu moins connue de vous... et rangez l'autre dans une petite boîte, entre celle du sucre et celle du café...